Charlie a tout pris : lettre à mes enfants

De Marie V | Le 7 janvier 2015

Mes chéris, je suis en train de pianoter sur mon ordinateur et je vous vois, en toile de fond, nichés dans le canapé, bien au chaud, à regarder la télé parce que c’est la carotte du mercredi entre les cours de guitare et de karaté. Et pourtant, juste à côté de chez vous, dans une rue qui aurait pu être la vôtre, c’est la guerre.

Entre nous un écran d’ordinateur, et les images de 2 hommes, cagoulés, armés, déterminés :

QUI abattent d’autres hommes, comme des chiens, quand on vous élève dans le respect de la vie
QUI décapitent un journal quand on vous incite à la lecture
QUI veulent massacrer la liberté d’expression quand on apprend à trouver la parole juste
QUI prônent la violence quand votre papa et moi, vos grands-parents, vos professeurs… cultivent le dialogue
QUI veulent semer la mort et le malheur quand vous ne représentez que vie et espoir

MAIS QUI ?

Notre petite voisine de 70 ans, croisée dans l’ascenseur tout à l’heure, a sa théorie : elle confond arabes et islamistes, musulmans et intégristes, et regrette la peine de mort… Mes bébés, comment vous expliquer que cette dame d’apparence si sucrée est aussi un trésor d’obscurantisme ?

Ce matin des personnes ont été abattues comme des symboles, comme des chiens, comme des riens. Des journalistes, artistes, créateurs, décrypteurs, amuseurs… mais aussi des pères, des frères, des amis, des cœurs.

Mes amours, je voudrais juste vous expliquer que Daech n’incarne pas les musulmans, ni le Ku Klux Klan les chrétiens, ni Baruch Goldstein les juifs. Je vous le répéterai – même avec des mots d’enfants – jusqu’à ce que vous m’entendiez et compreniez les risques de l’amalgame.

J’aimerais que vous vous sentiez en sécurité, mais je pourrai seulement vous enseigner la force de la bienveillance et de l’intelligence, comme armes suprêmes de protection massive.

Je souhaiterais tellement vous protéger de cette angoissante réalité, je ne tenterai que d’en vous livrer quelques clés, telle pandore et sa grosse boîte pour une petite espérance.

Mes chéris, pensez aussi aux enfants de Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et leurs camarades… à leurs proches, à leurs lecteurs, à leurs familles… Pensez à eux, fort.

D’ailleurs Cabu avait un fils, Mano Solo, mort en 2010 du SIDA, il chantait « Allo Paris » :

J’ai beau savoir que ça me fout le cafard,
je peux pas m’empêcher, m’empêcher d’y croire.
La nuit sonne ses derniers coups, j’irai jusqu’au bout…
J’aurais voulu, quelque chose de bien…
J’aurais voulu que tu me dises viens….

Mes enfants, j’ai tellement de questions et de doutes… En revanche, vous pouvez compter sur mon indéfectible Amour. Et ça, les monstres n’y pourront rien changer.

J’aurais voulu quelque chose de mieux.

Charlie à tout prix !

je suis charlie


3 thoughts on “Charlie a tout pris : lettre à mes enfants

  1. Sandra H.

    Merci pour ces mots, c’est exactement ce que j’avais besoin de lire !
    Vos (mes, nos) pensées doivent combattre l’obscurantisme.
    Nous serons plus forts que ça !

    Répondre

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